La recherche en soins infirmiers : la seule piste possible d’amélioration des pratiques ?

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Les sciences infirmières sont en plein essor en France et les enjeux autour de cette discipline en émergence ne sont pas tous de caractère scientifique. Stratégiquement, il s’agit aussi d’assurer sans cesse une meilleure reconnaissance sociale à un métier qui, pourtant, est déjà l’un des métiers préférés des français. Valoriser la recherche se présenterait comme l’un des moyens d’assurer une plus grande autonomie aux métiers du soin.

Historiquement, de l’autre coté de l’Atlantique, les infirmiers ont plutôt réussi à gagner l’estime de leurs concitoyens en renforçant sans cesse le triplet bâti sur une forte technicité, une dynamique des organisations professionnelles et un développement de champs de recherche spécifique.

Les organisateurs du colloque annuel de la filière formation de la Croix-Rouge m’ont invité, en 2014, à exposer quelques idées autour de la recherche en sciences infirmières alors qu’ils s’interrogeaient sur le thème « L’infirmière d’hier à demain … dessinons un avenir possible ».

J’ai commencé par une réflexion à caractère épistémologique. Étant entendu que le soin ne peut être qu’un domaine, qu’un objet, des sciences infirmières, quelle épistémologie les sciences infirmières construisent-elles ces dernières années ? De ce point de vue, le modèle de Mc Gill est emblématique des tensions épistémologiques en cours. Mais au-delà même de la question fondamentale de l’épistémologie, la construction d’un champ disciplinaire des sciences infirmières est à l’ordre du jour. Ses promoteurs en attendent une possible orientation des pratiques infirmières et une plus grande visibilité professionnelle. À cet égard, le parallèle peut être fait avec les sciences de l’éducation, jeune discipline qui développe en commun avec les sciences infirmières un rapport particulier avec la « pratique » Devons-nous faire de la recherche avec les infirmiers et les paramédicaux, sur les pratiques, pour les soins ?

Infirmieres

Dans un très proche avenir, les chercheurs en sciences infirmières devront se prémunir du risque d’instrumentalisation de la recherche pour mieux atteindre des objectifs d’un niveau élevé. Rendre compte des recherches, c’est aussi rendre compte de sa liberté de chercher sur ses objets. Prendre la responsabilité de faire avancer la recherche, c’est se mettre en position de « répondre de… ». Répondre de quoi, face à qui, pour quelle utilité sociale de la recherche ? Les logiques d’accountability et d’autonomie de la recherche se confrontent toujours à des logiques exogènes d’évaluation. La problématique de la construction de la discipline rencontre ici l’approche stratégique de reconnaissance du métier, des métiers, du soin.

Mon intervention a été finalement conclue par une série de questions. La structuration de la discipline des sciences infirmières est-elle finalement indispensable à l’amélioration des pratiques infirmières ? Quels sont les comportements, très quotidiens, des infirmiers qui seraient favorables à l’amélioration des pratiques et qui pourraient éventuellement conduire à la création d’une discipline scientifique ? Ne devrions-nous pas d’abord envisager la création d’un scholarship of nursing inspiré du scholarship of teaching and learning, modèle ayant aujourd’hui largement contribué à clarifier la place de la recherche au sein des pratiques d’éducation et de formation ?

 

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