Variables didactiques et simulation

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Ceci est un message personnel pour une étudiantes en L3 à laquelle je n’ai pas pu répondre. Mon blog était en en vrac. Ça arrive le samedi soir…. et ça s’arrange en général avec un peu de maintenance percussive.

Je suis infirmière et je veux devenir formatrice : où sont mes « variables didactiques »  ?

Si un jour, un prof vous demande de contrôler vos variables didactiques en situation de simulation, je le reconnais, cela semble bizarre… Mais si vous lui dites que vous préparez votre dossier  sur la toilette complète au lit, il se le tiendra pour dit. Vous avez gagné quelques minutes pour réfléchir…

Une variable didactique, c’est un truc en didactique des disciplines, une sorte de paramètre qu’il faut prendre en compte pour faciliter et réguler les apprentissages. C’est bien pratique pour dérouter les apprenants, c’est à dire les mettre sur une autre route.

Il est facile pour le formateur bien préparé d’agir sur ces paramètres, on change un petit quelque chose dans la situation et l’apprenant est bien obligé de s’adapter et de modifier ses stratégies. Il fait appel à ses ressources pour trouver une solution au nouveau problème qui lui est posé, voire, il est obligé de se créer de nouvelles ressources pour dépasser l’obstacle. Pour cette raison essentielle, la simulation est une méthode pédagogique très intéressante. Elle permet de prévoir la difficulté des situations d’apprentissage, leur décalage par rapport aux ressources supposées des apprenants et autorise surtout à construire progressivement les apprentissages. Un formateur bien préparé aura diagnostiqué le niveau de compétence de l’apprenant et aura construit un milieu d’apprentissage spécifique. Celui-ci se caractérise par la présence d’un problème difficile mais qu’il est possible de résoudre. Un problème impossible ou qui dépasse les capacités de l’apprenant est un problème  démotivant et  qui entrave les acquisitions. Autrement dit, le formateur situera son action pile poil dans la zone proximale de développement de l’apprenant. Dans certaines circonstances, il pourra même faire varier, enrichir ou complexifier le problème  à résoudre directement en cours de simulation. Là, il passe en mode expert.

La simulation d’une toilette au lit

Je suis de ceux qui pensent que les soins  d’hygiène et de confort présentent une niveau de complexité tout à fait significatif.  Les variables didactiques sont forcément en rapport avec cette complexité : elles sont nombreuses, difficilement observables, peu maitrisables par l’infirmière. Ainsi va la formation en soins infirmiers…

Les grands types de  variables didactiques  sont les suivants :

  • Le patient et ses caractéristiques bio-psycho-socio-économico… En simulation, on peut donner des consignes aux acteurs pour jouer un rôle de patient plutôt qu’un autre.
  • L’environnement. Il est organisationnel, matériel et humain. Bien des variables peuvent être fixées au préalable. Par exemple, le soignant dispose t-il encore de ce gel si frais à la lavande tellement apprécié par les patients ? La presence, ou l’absence de tel matériel ou de tel autre peut considérablement diminuer ou augmenter la complexité de la situation. De même, compter sur sa collègue alors qu’elle vient de s’absenter est une variable qui suppose de multiples ajustements.
  • Le soignant. Sait-il faire ordinairement ? Possède t-il le protocole, ou l’un des protocoles, de la toilette complète au lit ? Sait-il faire avec ce type de patient en particulier ? Se sent-il observé, voire évalué ? Comment gère t-il les interruptions de tâches ? Connait-il les habitudes du service ?

Le grand avantage de la simulation est justement de pouvoir contrôler la complexité des situations, via l’action du formateur sur les variables.  Les situations naturelles, en stage notamment, sont toujours très, trop, complexes pour les apprenants. Au point qu’ils n’apprennent pas du tout dans certaines conditions. Ainsi, il n’est pas souhaitable de proposer d’emblée une toilette complète au lit d’un patient aphasique et algique, âgé de 90 ans et pesant 120 kg. Surtout si l’apprenant est un novice.

 Construire des milieux d’apprentissage

La plupart du temps, ces variables sont d’une nature interactive : tel patient dans tel environnement, ce soignant et sa motivation pour les soins relationnels, le sentiment d’urgence confronté à l’organisation du service, etc.  Le savoir-faire du formateur réside dans la manipulation de ces variables pour proposer des situations d’ apprentissage qui contiennent des défis pédagogiques mais aussi des solutions possibles. Selon les acquis antérieurs des apprenants (un aide-soignant en reprise d’études ou un jeune sorti de la fac ?), leur parcours de formation, leur niveau de développement, le formateur ne va pas agir sur les mêmes variables. Mais dans tous les cas, on attend de lui qu’il propose une ingénierie didactique claire et argumentée. La pédagogie est un chemin dont l’apprenant doit pouvoir faire seul l’autre moitié.

Cette conception d’une pédagogie active et tournée vers les apprentissages professionnels accorde une place certaine à la simulation. Nous avons donc besoin de formateurs qui connaissent bien le travail : ils ont analysé le travail au préalable, leur expérience personnelle ne suffit pas. Des situations réelles, ils savent dégager des situations d’apprentissage en fixant les variables du problème et en fournissant des ressources pour le résoudre. Leur intervention se focalise sur la conception des situations de simulation, sur l’observation ainsi que le recueil des traces de l’activité de résolution de problème des apprenants et, last but not least, sur le débriefing. Pas de simulation sans débriefing pour faire prendre conscience des règles d’action et des stratégies d’adaptation. La simulation en elle-même ne joue pas toujours son rôle, elle va générer des apprentissages en profondeur par le débriefing qui la prolonge.

Une référence parmi d’autres, mais pas la moindre en didactique professionnelle : « Apprendre par la simulation – De l’analyse du travail aux apprentissages professionnels ».

P.S. Merci à l’infirmière, étudiante en L3, de me recontacter, il y a encore des choses à dire…

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